La Guinée, un pays où tout est possible

La Guinée fait face à une situation grave en ce qui concerne sa justice. C'est une évidence et cela choque ! La justice n'est plus juste dans mon pays. Politisée à outrance, elle défend le fort au préjudice du faible. Dans ce sens, comment aspirer au parfum de l'équité si l'on ne sait pas respecter la dignité des individus ? 

L'événement que je vous relate n'est pas une première d'autant plus qu'il ne dépasse plus l'entendement. Indigne, il se passe dans la commune de Matoto sous le soleil cuisant de 13 heures pendant que j’étais dans mon cyber habituel par manque d'électricité à domicile. Assieds, mes yeux rivés sur mon écran HP, je tapotais les claviers de mon ordinateur avant que mon attention ne soit soudainement attirée par deux énormes coups de feu. Poun Poun ! Qu’est ce qui s’était passé ?
Curieux, j’y amène mon nez pour observer. Sous ce soleil de midi, le marché de Dabompa sur la route Fidel Castro était dans son effervescence habituelle. Devant une foule en débandade, je me suis approché et c’est ainsi que je perçois la présence d’un gendarme brandissant son arme. Cela saute aux yeux, c’était lui le tireur.

Colosse à première vue, issu du rang des forces de l'ordre, il déploie sans scrupule deux balles en l'air dans un environnement où tout le monde vaquait à ses affaires. Les femmes dans leur quête du quotidien, les taxi-motos dans leur mécanisme de transport...
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Dans ce lieu public, son acte extrême inspirait de l’effroi et la débâcle était fulgurante. Étonnement que cela puisse paraître, comme si nous étions dans la jungle sa mine exprimait le dédain vis à vis de ce qu’il avait fait. De ses mains robustes, il agitait son arme dans un élan rassuré comme s’il nous prévenait en ces termes : « Quiconque s’approche, je l’abat ». En un instant, il s’éclipsa furtivement sous les murmures du public craintif. A votre avis, que peut-on faire devant un homme insensé « fou » capable d'ôter la vie ? On ne peut que s'écarter pour éviter de subir un sort regrettable.

Dans ma tête, je me suis intimement posé ces questions : N'était-il pas censé préserver la quiétude sociale ? N’avait-il pas jugé de défendre, protéger ce peuple qu'il foudroie ? La réponse elle simple ! Malheureusement emporté par son orgueil démesuré, consciencieux de l'impunité qui gangrène notre société, il cède à sa colère et sème le chaos. Peu importe ce qui s’était passé, peu importe le degré de son exaspération, il n'avait pas le droit de prêcher sur la détente. Je confirme : Quand un pays perd ses principes juridiques, il sombre infailliblement dans la vindicte populaire, dans l'anarchie.

Aujourd’hui l’encéphalogramme juridique est à plat. Et le peuple de Guinée n'a plus de repère. Le mal est ancré à la racine. Pour s’en rendre compte, les bourreaux qui ont commis des atrocités dirigent encore le pays. Cette affirmation est évidente : « Quand la justice est rendue c'est une joie pour les vertueux, mais un enfer pour les malfaisants ».

Comme la jungle, le fort écrase le faible. C'est ce à quoi nous assistons. Et pour couronner le tout, pas de procédure judiciaire.  L’impunité fait sombrer le peuple dans le malheur. C'est le comble de la désolation

En remontant le fil de l'histoire, le peuple de Guinée a connu d'horribles atrocités difficiles à enterrer. Face à cette iniquité sociale, la peur envahisse les cœurs. De mon point de vue, le peuple a besoin d'assurance car la Guinée est devenue sans le moindre doute un pays où tout est possible. Les guinéens n'ont plus la paix du cœur.

Peut-on dénombrer les personnes massacrées dans les événements du 28 septembre ? Des journalistes assassinés ou disparus dans l'exercice de leur noble métier ? Des jeunes abattus dans les rues de Conakry au cours des manifestations politiques ? De pauvres citoyens dévastés sans que les enquêtes ne soient menées pour retrouver les coupables ? La réalité ne trompe pas. Avec ce à quoi nous faisons face, les actes des uns et des autres sont imprévisibles. La liberté est à tel point que chacun fait ce qu’il veut sans le respect des lois de la république comme si nous n’aspirons pas à un état de droit. Pas de souci quant aux rigueurs de la loi. Les lignes judiciaires ne bougent guère en dépit de multiples critiques des citoyens. C'est une honte ! 


Toutefois, il est cohérent que la justice est une condition de la paix. Et on ne peut aspirer au parfum de l'équité si l'on ne sait pas respecter la dignité des individus. 

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